
Bien avant que les frontières ne découpent la Scandinavie, un peuple vivait déjà au rythme des rennes et des saisons arctiques : les Samis. Seul peuple autochtone reconnu de l’Union européenne, il perpétue aujourd’hui une culture vivante, fière et profondément liée à sa terre, le Sápmi.
Qui sont les Samis ?
Les Samis (parfois orthographiés Saamis ou Sames) sont le peuple autochtone du nord de la Scandinavie. Leur territoire ancestral, le Sápmi, s’étend sur quatre pays : la Norvège, la Suède, la Finlande et la péninsule de Kola, en Russie. On estime leur population entre 80 000 et 100 000 personnes, dont la plus grande part vit en Norvège.
Loin du cliché d’une culture figée, les Samis forment une société moderne et diverse. Ils parlent plusieurs langues samies — le same du Nord étant la plus répandue —, longtemps réprimées par les politiques d’assimilation, et aujourd’hui en pleine revitalisation. Pendant des siècles, ils ont vécu de la chasse, de la pêche et surtout de l’élevage du renne, en suivant les troupeaux au fil des migrations saisonnières.
Le gákti et l’artisanat
Le gákti est le vêtement traditionnel sami, porté lors des fêtes, des cérémonies et parfois au quotidien. Ses couleurs vives — bleu, rouge, jaune, vert — et ses motifs ne sont pas décoratifs au hasard : ils indiquent la région d’origine, le statut familial, parfois même si la personne est mariée. Chaque détail est un langage.
Autour du costume gravite tout un artisanat, le duodji, qui désigne l’art traditionnel sami : objets en bois, en corne de renne, en étain et en cuir, couteaux, sacs et bijoux. Plus qu’un savoir-faire, le duodji est une forme d’expression culturelle, transmise et protégée comme un patrimoine.
Le renne, au cœur de la culture
Aucune image n’incarne mieux la culture samie que celle du renne. Pour de nombreuses familles, son élevage n’est pas qu’une activité économique : c’est un mode de vie, une identité, transmise de génération en génération. En Norvège, en Suède et en Finlande, l’élevage du renne reste d’ailleurs un droit largement réservé aux Samis.
La langue samie compterait des centaines de mots pour décrire le renne, la neige et les conditions de pâturage — preuve de l’intimité de cette relation. Les troupeaux migrent entre les pâturages d’hiver et d’été, et leur rythme dicte encore aujourd’hui le calendrier de nombreuses communautés, organisées en siida, les unités traditionnelles d’élevage.

Le parlement sami
Longtemps marginalisés, les Samis ont conquis une reconnaissance politique au XXᵉ siècle, avec la création de parlements propres dans trois pays. La Norvège a ouvert son Sameting en 1989 à Karasjok, la Suède son Sametinget en 1993 à Kiruna, et la Finlande le sien en 1996 à Inari. Chacun dispose de compétences sur la langue, la culture et l’éducation samies.
Ces institutions, élues par les Samis eux-mêmes, sont le visage d’une autodétermination retrouvée. Elles s’accompagnent de symboles communs forts, comme la Journée nationale samie, célébrée chaque 6 février en souvenir du premier grand congrès sami tenu à Trondheim en 1917.

Le drapeau sami
Symbole d’unité par-delà les frontières, le drapeau sami a été adopté le 15 août 1986, lors de la 13e Conférence nordique samie à Åre, en Suède. Il est l’œuvre de l’artiste Astrid Båhl, originaire de Skibotn, en Norvège, dont le projet fut choisi parmi plus de soixante-dix propositions.
Ses quatre couleurs — rouge, vert, jaune et bleu — sont celles du gákti traditionnel. a couleur verte représenterait la nature, la partie bleue l’eau, le jaune symboliserait le soleil et le rouge la chaleur et l’amour (ou le sang des samis). La largeur des bandes est proportionnelle à la population Sámis dans les quatre pays qui composent la Laponie: le rouge pour Suède, le vert pour Finlande, le jaune pour Russie et le bleu pour la Norvège qui est le pays avec la plus importante population Sámi.Le cercle, lui, s’inspire des motifs des tambours chamaniques : sa moitié bleue représente la lune, sa moitié rouge le soleil. On dit ainsi que « les Samis sont les enfants du soleil ». Commun aux quatre pays du Sápmi, ce drapeau flotte fièrement lors des fêtes et des grands rassemblements.
Le marché de Jokkmokk, rendez-vous millénaire
S’il fallait choisir un seul événement pour rencontrer la culture samie, ce serait le marché d’hiver de Jokkmokk (Jokkmokks marknad), en Laponie suédoise, au nord du cercle polaire. Organisé sans interruption depuis 1605, il se tient chaque année le premier jeudi, vendredi et samedi de février — plus de quatre siècles de tradition.
Pendant trois jours, dans un froid souvent polaire, le village voit affluer des milliers de visiteurs venus du monde entier. Au programme : artisanat duodji, produits du renne, concerts, danses, défilés en gákti et courses de rennes. C’est le grand point de ralliement des communautés samies dispersées à travers le Sápmi, où l’on honore la culture et où l’on renoue les liens d’une année sur l’autre.
Les festivités donnent lieu à des scènes spectaculaires, comme les courses de rennes attelés à des traîneaux, qui rassemblent une foule enthousiaste sur la neige. Pour le photographe, c’est une occasion exceptionnelle de saisir une culture vivante dans toute son intensité — toujours avec respect, en demandant l’accord des personnes que l’on photographie.
Une culture vivante, tournée vers l’avenir
La culture samie n’est ni un musée ni un folklore : c’est une identité bien vivante, portée par une jeunesse fière de ses racines. Entre transmission des langues, défense des droits sur les terres de pâturage et création artistique contemporaine, les Samis écrivent leur avenir tout en honorant leur héritage.
Pour le voyageur, aller à leur rencontre, c’est comprendre que le Grand Nord n’est pas qu’un décor de paysages et d’aurores : c’est aussi une terre habitée, depuis des millénaires, par un peuple qui en connaît chaque souffle. Une rencontre qui donne au voyage photographique une profondeur incomparable.
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